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Jour 2

Réveil inutile : notre casa est située dans une rue populaire à moins que ce ne soit l'inverse ! Cris des enfants, des marchands ambulants et autres klaxons, on a l'impression que chacun s'affaire au pied de notre lit !  Quand on vous dit que La Havane déborde de vie... Après un copieux petit-déjeuner sur le toit terrasse de notre casa, nous rejoignons Daniel sur la Plaza de Armas.

Petit-déjeuner en terrasse

Palacio de los Capitanes Generales

Plaza de Armas à La Havane

C'est parti pour une visite guidée de presque 4h. En taxi, nous commençons par La Havane moderne et évidemment notre premier arrêt est pour la place de la Révolution, l'occasion pour Daniel de nous offrir un très instructif cours d'histoire de la ville et de Cuba sans parti pris et sans complaisance. Bien plus grande que la place de La Concorde, la Plaza de la Revolucion peut contenir jusqu'à un million de personnes ! C'est ici que Castro a prononcé ses discours les plus mémorables pouvant durer jusqu'à 6h ! Sur un côté de la place, la façade du ministère de l'Intérieur est ornée de deux portraits géants de deux fidèles de Castro : Che Guevara et Camilo Cienfuegos. Au centre de la place trône l'imposant mémorial José Marti, obélisque-pyramide de béton d'inspiration un tantinet soviétique bien que tout ait été construit sous Batista !

Plaza de la Revolucion à La Havane

Plaza de la Revolucion à La Havane

Nous reprenons ensuite le taxi, passons devant le cimetière de Colon (mais Christophe Colomb n'y ait pas inhumé), grande nécropole de la bourgeoisie et de l'aristocratie cubaines, aussi belle que le Père Lachaise à Paris ! Nous marquons un second arrêt à la forêt de La Havane, un poumon vert de la ville qui longe le fleuve Almendares et où les citadins viennent s'oxygéner mais aussi pour de nombreux cubains pratiquer certains rites de la Santeria qui est, pour Cuba, l'équivalent du vaudou haïtien, c'est-à-dire un syncrétisme entre les croyances et pratiques animistes, les rituels africains et le catholicisme. Les esclaves venaient de pays où l'animisme était profondément ancré : le Nigéria, le Bénin, le Cameroun et le Congo. On les contraignit d'adopter la religion de leurs maîtres, leur interdisant de parler les langues africaines ou de maintenir leurs coutumes et croyances. Pour certains, les esclaves auraient alors dissimulé leurs divinités derrière les saints de la mythologie chrétienne. Pour d'autres, c'est la hiérarchie catholique qui aurait adapté ces divinités au culte chrétien pour mieux assimiler les esclaves. Toujours est-il qu'on estime qu'aujourd'hui la moitié de la population à Cuba est impliquée dans la Santeria et invoque les très nombreuses divinités incarnant des forces naturelles : forêts, rivières notamment. Nous nous trouvons justement témoins d'une cérémonie où l'on sacrifie un poulet. Daniel nous rassure tout de suite : outre la prière, le poulet sera mangé !

Forêt de La Havane, lieu de sacrifices...

Le taxi nous ramène ensuite dans le quartier historique après avoir traversé le quartier plutôt résidentiel de Miramar où de nombreuses somptueuses demeures coloniales sont devenues le siège d'ambassades ou d'hôtels. Nous commençons la visite de la vieille Havane par la Plaza de la Catedral. Nous nous attardons sur son élégante façade baroque et ondulante aux réminiscences italiennes. A l'intérieur, 3 nefs et 8 chapelles. Les restes de Christophe Colomb y reposèrent jusqu'en 1898 avant qu'ils ne soient rapatriés en la cathédrale de Séville. Puis nous arpentons les rues, places et patios pour goûter au charme indolent et à la noble décadence de cet extraordinaire témoignage de quatre siècles d'architecture coloniale. Daniel n'hésite pas à faire vivre ces édifices à la fois sous un regard historique mais en nous décrivant aussi la société cubaine actuelle. Il nous montre les solares, ces demeures autrefois majestueuses, aujourd'hui décaties, aux façades lépreuses, dans lesquelles s'entassent des dizaines de familles dans des conditions déplorables. On n'ose y pénétrer mais Daniel nous invite à le faire : moyen simple et direct d'avoir un aperçu de la vie réelle des Havanais, sans misérabilisme mais sans concession. Des milliers de familles vivent dans des situations sanitaires lamentables, et le boom touristique n'a encore rien changé au problème. Outre la promiscuité des logements (séparation des "appartements" par de simples cartons, sols défoncés, réseaux électriques en lambeaux, problème d'approvisionnement en eau courante...), le principal danger réside dans le fait que la structure entière menace de céder et de s'écrouler sur les habitants...

Daniel nous amène ensuite dans une botega. Ici, les Cubains viennent acheter des produits de première nécessité (riz, sucre...) à bons prix car subventionnés par l'Etat mais au gré des ravitaillements et des rationnements. Dès qu'une boutique est livrée, une file s'allonge devant l'entrée, chacun espérant pouvoir acheter l'un de ces produits indispensables au quotidien. Nous sommes à mille lieues de notre société de consommation et de gaspillage. Que penseraient-ils de nos immenses centres commerciaux ?

Daniel devant les rayons désespérément vides d'une botega

Marché de fruits et légumes

Nous poursuivons la visite de la ville sur la Plaza Vieja qui aligne nombre de fiers palais à la façade colorée et dont l'ensemble a été entièrement et superbement restauré. Le classement de la vieille ville, Habana Vieja, au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1982 a permis à de vieux palais soigneusement sélectionnés pour leur histoire et leurs particularités architecturales d'être complètement réhabilités, transformés en hôtels, en restaurants de luxe, en administrations ou en musées. Les revenus de ces infrastructures sont immédiatement réinvestis en quasi totalité pour la restauration d'autres sites qui sont à leur tour transformés en hôtels, musées, écoles... Ainsi cet argent rentre-t-il dans un cercle vertueux de reprise en main d'une bien vieille Havane, soumise à un salutaire lifting qui lui permet tout doucement mais sûrement de retrouver sa splendeur d'antan.

Castillo de la Real Fuerza

Nous terminons la visite par une boutique où Daniel nous présente les spécialités cubaines : café, rhum et cigares ! Il est 14h lorsqu'on quitte notre guide sur la Plaza de Armas après l'avoir remercié chaleureusement pour cette visite riche et très intéressante. Il est grand temps de se mettre à l'ombre pour déguster une pizza. Comme la veille, fatigue et chaleur ont raison de nous : on retourne à la casa se rafraîchir et faire une petite sieste...

Nous ressortons en soirée profiter des façades illuminées et déguster une glace et un mojito à la terrasse d'un café au son du groupe qui reprend des grands standards cubains...C'est bercés par ces douces notes que nous rentrons nous coucher car demain nous serons levés avant les coqs...

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