Pour commencer la journée, notre désormais habituel petit-déj en terrasse. Ce matin pas de coqs, mais de nombreux reptiles, mi-lézards, mi-caméléons, courent prendre place au soleil, la queue enroulée en tire-bouchon sur le dos. Il n'est pas tout à fait 10h quand nous partons découvrir la ville en compagnie de Jordan. Nous commençons par la ville moderne, reconnaissable au fait que les routes ne sont plus pavées et des barrières empêchent les véhicules d'entrer dans la vieille ville. Premier arrêt sur le Parque Céspedes où les cubains sont plus nombreux que les touristes et vaquent à leurs occupations matinales, en l’occurrence aujourd'hui, se faire des cadeaux et se dire combien on s'aime, on s'apprécie. C'est la Saint-Valentin mais à Cuba celle-ci est la fête de l'Amour au sens large. On remonte ensuite jusqu'à l'Ermita de la Popa, une église en ruines.
A côté, une ancienne prison a fait place à une brasserie de bières ! On redescend dans le centre historique, sur la Plaza Mayor, et visitons l'Iglesia de la Santisima Trinidad, construite à la fin du XIXe siècle dans un style néobaroque très simple. Elle n'a jamais été terminée par manque de moyens, suite à une crise sucrière. Quelques majestueux palmiers royaux (emblématiques de Cuba) se dressent sur la Plaza Mayor, lui donnant une grande partie de son charme et de son élégance. La richesse passée de Trinidad est inscrite dans cette église et sur les belles façades des maisons et palais qui l'entourent et abritent des musées ou galeries d'art.
Il fait chaque jour plus chaud et pourtant Jordan nous rappelle qu'il s'agit de leur hiver et qu'en été (juillet-août) la température n'est pas plus élevée mais l'humidité plus importante rend l'ensemble encore plus difficile à supporter. On a beau passer le plus possible à l'ombre, on dégouline ! Jordan lui-même en convient et supporte encore moins que nous la chaleur... Nous faisons donc une pause au charmant café Don Pepe où un rafraîchissant cocktail est salutaire ! Nous reprenons la visite de la ville par le museo de la Lucha contra los Bandidos. Jordan nous explique rapidement de quoi il s'agit, nous indique de grimper au clocher profiter de la vue et prétextant le vertige nous laisse libre de faire la visite. En fait, il préfère nous attendre à l'ombre sur la jolie place devant le musée ! Bravant la chaleur, nous grimpons donc au sommet de l'ancien clocher où nous sommes effectivement récompensés par de jolies vues sur la ville et les environs.
Nous redescendons ensuite pour visiter l'intérieur de cet ancien couvent Saint-François d'Assise qui abrite donc aujourd'hui le musée de la Révolution, comme il en existe dans toutes les villes cubaines. Galerie de photos des héros locaux, de Fidel et du Che, bout de métal d'un U-2 (avion de reconnaissance américain) abattu en 1962, vedette rapide utilisée pour les combats, camions de transport des troupes révolutionnaires sur les sites où agissaient... les contre-révolutionnaires (los Bandidos). Bref, on y trouve toute la panoplie fétichiste et propagandiste révolutionnaire cubaine.
En ressortant, on retrouve Jordan à l'ombre agréable des arbres ornant la place où touristes et locaux profitent des notes cubaines d'un groupe local. Jordan nous conduit au Paladar San José où nous attend un savoureux déjeuner dans une petite salle climatisée. Après s'être rafraîchis et avoir repris des forces, Jordan nous fait grimper à bord d'une Pontiac. Le voilà enfin notre tour dans une belle américaine.
Bon ok, elle est loin d'être de première jeunesse et faute de clim, elle nous escorte, cheveux au vent, dans la Valle de Los Ingenios (vallée des Moulins à sucre). Inscrite au Patrimoine de l'humanité de l'Unesco en 1988, cette vallée fut pendant longtemps un centre économique vital avec plus de 70 moulins jusqu'en 1850, année néfaste pour la région, marquée par la chute du prix du sucre et le début du déclin économique de la vallée. Nous nous plongeons donc dans un vrai livre d'histoire : l'économie sucrière, l'esclavage, les grands propriétaires, l'influence des Espagnols, les prémices de la lutte pour l'indépendance... Aujourd'hui, les champs de canne ont en partie fait place aux cultures de bananiers, de manguiers, de yuccas et de goyaviers. Nous nous arrêtons tout d'abord à San Isidro de los Destiladeros, ancienne hacienda en ruines de la fin du XVIIIe siècle qui s'étire sur un site sauvage. On peut encore observer l'ancienne demeure de maître, les ruines de la distillerie et celles du quartier des esclaves. Également, un four, une petite tour, un puits et le système d'irrigation... Pas grand chose à voir, mais une atmosphère à capter, à la fois paisible et pesante. Jordan fait revivre ces ruines, met en parallèle le faste de la demeure de maître avec des pièces immenses et les terribles conditions de vie des esclaves qui s'entassaient dans de minuscules espaces. S'ils étaient autorisés à vivre en couple, ne nous y trompons pas, ce n'était sûrement pas par grandeur d'âme mais uniquement pour des raisons tragiquement pratiques : l'espérance de vie des esclaves étant très limitée, les enfants étaient donc bienvenus pour renouveler la main d’œuvre à moindre coût...
Nous nous imprégnons de ce lieu très chargé émotionnellement puis reprenons la voiture et nous nous rendons un peu plus loin, dans le village de Manacas Iznaga dont le principal centre d'intérêt réside dans la Torre Iznaga, insolite tour de 43,5 m de haut qui fut érigée en 1816 par le négrier Alejo Maria del Carmen Iznaga, devenu un riche sucrier.
Là encore, Jordan nous fait faux bon et nous laisse grimper seuls les 7 étages de la tour. Au sommet des vertigineux escaliers de bois, nous profitons d'une superbe vue sur les champs de la vallée et le massif de l'Escambray. La tour Iznaga a donné lieu à de nombreuses légendes. Fut-elle construite par le sucrier pour y enfermer au dernier étage son épouse infidèle ? Une autre version est plus plausible : la tour lui aurait servi de mirador pour surveiller ses 231 esclaves au travail dans les champs...
Après une descente douloureuse, amis du vertige : abstenez-vous, nous sommes heureux d'avoir rejoint le plancher des vaches. De nombreux stands d'artisanat se sont installés au pied de la tour et notamment la spécialité locale : les nappes et vêtements brodés.
Nous attendons un long moment notre chauffeur, celui-ci ayant profité de notre montée à la tour pour faire une course avec des touristes en panne de train... De retour à Trinidad, nous nous arrêtons à la casa de la ceramica, un atelier de céramiques donc, autre spécialité de Trinidad. Mais rien de bien transcendantal : on ne s'y attarde pas... De retour à notre casa, nous prenons congé de Jordan et rentrons nous rafraîchir et nous reposer de cette chaude et dense journée.
Douche, sieste, tenue de notre carnet de voyage en vue de ce blog, puis nous ressortons en soirée profiter des animations artistiques et musicales.