Comme prévu, pour cette dernière journée, il pleut ! Heureusement que nous avons visité Sintra le premier jour... Du coup, ce matin nous partons découvrir les quartiers historiques du centre ville de Lisbonne : Baixa, Chiado, Rossio, Bairro Alto... Nous commençons sur la Praça da Figueira, bordée de demeures de style pombalin et de terrasses de café, on y trouve une statue de Dom Joao Ier. Nous entrons dans la Confeitaria Nacional pour prendre des forces avec un copieux petit-déjeuner. Cette pâtisserie, ornée de stucs a ouvert en 1829. Cette vieille maison, toujours à l’effigie de Baltazar Castanheiro, va sur ses 200 ans. Une jolie bonbonnière en laque crème, avec des formes arrondies, des miroirs courbes et des serveuses en tenue classique. Le lieu a l’intimité d’un salon de thé autrichien : idéal pour papoter entre amis. Elle est réputée pour ses bicas, ses macarons et ses pastéis de nata. Le chocolat chaud est une tuerie ! Puis, nous passons devant l'église de Sao Domingos.
C’est un miracle qu’elle soit encore debout. Fondée en 1242 par Dom Sancho II, cette église fut celle des dominicains. Les plus grandes cérémonies officielles y avaient lieu : mariages et baptêmes, couronnements et enterrements royaux. L’Inquisition y a tenu aussi plusieurs de ses sinistres autodafés et pogroms.
À l'origine, un autodafé (mot portugais « auto da fé » venant du latin « actus fidei », c'est-à-dire « acte de foi ») est la cérémonie de pénitence publique organisée par le tribunal de l'Inquisition espagnole ou portugaise, durant laquelle celle-ci proclamait ses jugements. Dans le langage populaire, ce terme est devenu presque synonyme d'une exécution publique d'hérétiques par le feu. Ce glissement de sens est dû au fait que les condamnés relaps ou refusant de se rétracter étaient remis par l'Inquisition aux mains des autorités civiles, qui, parfois, les envoyaient au bûcher.
Le mot pogrom (d'origine russe) signifie détruire, piller. Il est utilisé spécifiquement dans plusieurs langues pour décrire les attaques accompagnées de pillages et d'effusion de sang contre les Juifs en Russie, perpétrées par la majorité chrétienne, sans réaction des autorités ou avec leur assentiment, entre 1881 et 1921. Il désigne aussi, de façon générale, des violences et des émeutes sanglantes dirigées par une partie de la population contre des minorités ethniques, religieuses ou d'origine différente de cette population. Concernant les pogroms menés contre les Juifs, des violences similaires, mais d'ampleur plus limitée, surviennent à la même époque en Allemagne, en Autriche, en Roumanie et dans les Balkans. Raul Hilberg définit le pogrom comme « une brève explosion de violence d'une communauté contre un groupe juif qui vit au milieu d'elle-même ».
A l’extérieur, une étoile de David marque l’emplacement du massacre antisémite perpétré en 1506. D’après Fernando Pessoa : « En 1506, après le service divin, de nombreux juifs ont été mis en pièces par la populace fanatisée, puis le massacre s’est étendu à d’autres parties de la ville. » L’église a été détruite en 1531. Puis elle a été à nouveau anéantie par le grand tremblement de terre de 1755. Une fois reconstruite, la voilà derechef ravagée par le grand incendie de 1959. Rouverte en 1997, elle présente un intérieur plutôt sombre, avec des piliers grignotés par les stigmates de l’histoire. Une légende prétend qu’un prêtre africain y officia au temps jadis, ce qui expliquerait pourquoi la place Sao Domingos est devenue le lieu de rendez-vous de nombreux africains, originaires des anciennes colonies d’Angola, du Mozambique, de Sao Tomé et du Cap-Vert.
Nous arrivons ensuite sur la place de Rossio qui constitue le cœur animé du centre-ville de Lisbonne. Plusieurs parties de la ville convergent ici et la place est un lieu de rencontre populaire. Officiellement nommée Praça Dom Pedro IV, cette place est connue comme le Rossio (qui signifie «grande place publique») depuis sa création au Moyen Age, et elle est encore appelée comme ça aujourd’hui.
Le Rossio est la place la plus animée de la ville et elle est bordée de cafés animés et de boutiques. Deux des cafés les plus célèbres de la ville s’y trouvent: le Café Nicola, au Rossio depuis le XVIIIe siècle, et le Café Suiça, populaire pour sa terrasse extérieure. Taxis, voitures et autobus tournent autour du centre piétonnier de la place qui est pavé avec un motif ondulé noir et blanc depuis le milieu du XIXe siècle. Il est orné d'un grand monument et de deux fontaines. Le Rossio est un lieu de rassemblement populaire et les gens se retrouvent autour des nombreux bancs ou du socle du monument central. C’est aussi le point de ralliement des manifestations politiques. Ce serait sur cette place qu’un fleuriste aurait offert un bouquet d’œillets à un soldat, le 25 avril 1974, en signe de victoire contre la dictature de Salazar. Ce geste s’est vite répété dans la foule en liesse, donnant son nom à la révolution des œillets. Une grande colonne de vingt-trois mètres avec une statue de Dom Pedro IV orne le centre de la place. Pedro IV, d'après qui la place est officiellement nommée, était roi du Portugal et le premier empereur du Brésil. Selon une rumeur persistante la statue de bronze était censée représenter l'empereur Maximilien du Mexique, mais ceci est contesté par les historiens. Au pied de la colonne, qui a été installée ici en 1870, se trouvent des statues allégoriques représentant la Justice, le Courage, la Retenue et la Sagesse. En 1889, deux fontaines baroques monumentales ont été installées de chaque côté du Monument à Pedro IV. Les deux fontaines identiques ont été coulées à la fonderie du Val d'Osne, France. Les sculptures qui ornent les fontaines - créées par les sculpteurs français Mathurin Moreau et Michel Lienard - représentent des personnages mythiques. Les fontaines sont particulièrement belles la nuit quand elles sont éclairées.
Le bâtiment le plus important en bordure du Rossio est le Teatro Nacional Dona Maria II. Cet édifice néoclassique majestueux a été construit au milieu du XIXe siècle d'après un dessin de l'architecte italien Fortunato Lodi et occupe le site du palais Estaus du XVe siècle. Le palais est devenu célèbre quand l'Inquisition y a mis en place son tribunal. Ces fanatiques religieux ont fait brûler beaucoup de soi-disant hérétiques sur le bûcher en face du palais. Un incendie a détruit l'intérieur du théâtre en 1964 et il a fallu attendre 1978 avant que le théâtre soit rouvert au public.
L'extérieur du bâtiment est défini par son portique néoclassique monumental. Six colonnes ioniques massives soutiennent le fronton qui est décoré avec des sculptures représentant Apollon et ses muses. Au sommet du fronton il y a une statue de Gil Vicente, un dramaturge du XVe siècle qui est considéré comme le fondateur du théâtre portugais.
Près du Théâtre National, vers la place des Restauradores, il y a un autre bel édifice: la gare de Rossio. Elle a été construite en 1887 comme la station de chemin de fer principale de Lisbonne et aujourd'hui c’est de là que partent les trains pour Sintra. La gare possède une superbe façade dans le style architectural néo-manuélin (une variante portugaise de style gothique tardif), caractérisée par des motifs richement sculptés. Nous remarquons les entrées uniques en forme de fer à cheval.
Tout près, nous arrivons sur la Praça dos Restauradores. Un obélisque a été érigé ici en 1886 et commémore la restauration de l’indépendance du Portugal de l'Espagne en 1640. Le Portugal avait été sous administration espagnole depuis 60 ans quand la noblesse portugaise a lancé une révolte le 1er Décembre 1640. La révolte a déclenché la guerre de restauration - une guerre de 28 ans entre l'Espagne et le Portugal - qui a pris fin avec le traité de Lisbonne, dans lequel l'Espagne reconnaît la souveraineté du Portugal. Le monument haut de trente mètres a été conçu par l'artiste et architecte António Tomás da Fonseca, qui deviendra plus tard directeur du Musée d'Art ancien. Les statues de bronze qui ornent le monument ont été créées par les sculpteurs Simões de Almeida et Alberto Nunes. La statue sur le côté sud du monument représente la Liberté, et celle de l'autre côté représente la Victoire. Les dates inscrites sur le monument rappellent les batailles décisives de la guerre de restauration.

Le plus grand et plus important bâtiment bordant la place des Restauradores est le Palácio Foz (palais Foz), construit dans le style baroque entre 1755 et 1777 pour le marquis de Castelo-Melhor. Son apparence Italianesque actuelle est le résultat d'une rénovation à la fin du XVIIIe siècle par l'architecte italien Francesco Saverio Fabri. Le palais s’appelait à l’origine le Palácio Castelo Melhor mais fut plus tard renommé Palácio Foz en l’honneur du marquis de Foz, qui a vécu ici au XIXe siècle. Le palais a un intérieur magnifique avec des pompeuses décorations dorées, des piliers en marbre, des balcons en fer forgé et des balustrades, des plafonds peints et des murs ornés de panneaux d'azulejos. La salle la plus impressionnante est la Sala dos Espelhos, une salle de miroirs somptueux dans le style Louis XIV.
Adjacent au Palais Foz on trouve l’un des plus beaux immeubles Art déco de Lisbonne: l'ancien Teatro Eden (Théâtre Eden). Le théâtre, conçu par les architectes Cassiano Branco et Carlo Florencio Dias, a ouvert en 1931 et est rapidement devenu l'un des cinémas les plus importants de la ville. En 1989, le cinéma a fermé ses portes et est resté vide jusqu'en 2001, quand il a été transformé en un hôtel. La façade ornée de bas-reliefs a été maintenue en grande partie intacte et le grand escalier qui conduit à la salle a également été préservé. Les grands espaces ouverts dans la façade étaient utilisés pour contenir de grands panneaux de promotion de nouveaux films. L'atrium à l’arrière est planté d'arbres et de haies.
Courageux, nous n'empruntons pas le funiculaire da Gloria, et grimpons à pied la rue très escarpée qui nous mène au mirador de Sao Pedra de Alcantara. Ce superbe belvédère coiffe une autre colline, face au château Saint-Georges.
Nous nous rendons ensuite à l'église de Sao Roque. Malheureusement, fermée le lundi matin, nous devrons nous contenter de l'extérieur.
L'église Saint-Roch a été construite au XVIe siècle par les jésuites qui avaient une longue tradition dans la création d’intérieurs riches, et l'église Saint-Roch de Lisbonne ne fait pas exception. La construction de l'église a commencé en 1565 et en 1573 presque tout le bâtiment était fini, sauf le toit de la voûte en berceau que l'architecte, Alfonso Álvares, avait prévu. Environ dix ans plus tard, cependant, il fut décidé de construire un toit plat en bois à la place. La construction a finalement été achevée en 1588 sous la supervision de l'architecte royal Filipe Terzi. L'église a été construite pour les jésuites, un ordre religieux très conservateur qui avait une solide emprise sur l'éducation du pays. Saint-Roch est l’une des plus anciennes églises jésuites dans le monde et la plus ancienne au Portugal. En 1759, le marquis de Pombal, le Premier ministre éclairé du roi Joseph I, réussit à expulser les Jésuites du pays et l'église Saint-Roch fut donnée à la Santa Casa da Misericórdia, une œuvre de bienfaisance portugaise. L'extérieur de Saint-Roch est sobre; mais une fois que vous entrez par le portique central, vous serez accueilli par une abondance de marbre et de sculptures dorées, de grandes peintures, de boiseries dorées, d’azulejos et de reliques précieuses. Le plafond en bois est richement décoré de scènes religieuses et de dômes peints en trompe l'oeil. L'église a une nef unique, avec huit chapelles latérales richement décorées. Le grand retable du chœur est aussi richement décoré de peintures, de colonnes corinthiennes et d’ornements dorés. La plus opulente des chapelles est celle de Saint-Jean-Baptiste, qui a été construite à Rome et transportée par voie maritime à Lisbonne où elle parvint en 1749 moyennant une somme faramineuse (environ 250 000 €). Il nous faudra revenir à Lisbonne, entre autre pour découvrir l'intérieur de cette église...
Tout près, les ruines de l'Igreja do Carmo (Église des Carmes) rappellent la dévastation causée par le tremblement de terre de 1755 qui détruisit la plus grande partie du centre-ville de Lisbonne. A l’intérieur des ruines il y a un petit musée archéologique. Nuno Alvares Pereira - un général qui aida le roi Jean à repousser les troupes castillanes – fit le vœu de construire la plus belle église du monde s’il arrivait à vaincre les Castillans en 1385 à la bataille d'Aljubarrota. Les portugais vainquirent et le général tint parole: il finança la construction d'une église et du couvent des Carmélites. Une fois qu’elle fut achevée en 1423, il rejoignit l'ordre des Carmélites et passa le reste de sa vie dans le couvent. L'église fut conçue par Gomes Martins dans le style gothique qui prévalait alors. Elle était richement décorée de magnifiques vitraux, statues et reliques. Le premier Novembre 1755, un séisme de magnitude neuf sur l'échelle de Richter provoqua l'effondrement de nombreux bâtiments, dont vingt églises. Les premières secousses furent suivies par des incendies. Beaucoup de survivants de Lisbonne fuirent vers la zone ouverte près du fleuve Tage, mais une heure après la première secousse, ils furent engloutis par des vagues de vingt mètres de haut. L’une des églises qui s’effondra pendant le séisme dévastateur était l'église des Carmes, qui à ce moment-là était remplie de fidèles pour la Toussaint. Le toit du bâtiment s’effondra sur les fidèles et seuls les murs et les voûtes restèrent debout. Les plans pour reconstruire l'église des Carmes échouèrent en raison de problèmes budgétaires, et l'église fut laissée en ruine pour servir de souvenir du tremblement de terre de 1755. Bien que seule une petite partie de l'intérieur ait survécu - même la tombe de Nuno Alvares Pereira a été perdue dans le tremblement de terre - l'église a toujours un aspect élégant. C’est l'un des principaux sites touristiques de Lisbonne et elle peut être vue de loin grâce à sa position au premier plan près d'un précipice surplombant le quartier de Baixa. Il y a un petit musée archéologique dans l'abside de l'église. Le musée a été créé au XIXe siècle pour conserver les objets d'art de monastères après que certains ordres religieux furent supprimés en 1834. Aujourd'hui, une collection variée d'objets historiques y est exposée, y compris des tombes du XIVe siècle, des statues, des céramiques, des mosaïques et même des momies d'Amérique du Sud.
En sortant de l'église, nous la contournons jusqu'à l’ascenseur de Santa Justa, un ascenseur de fer construit au XIXe siècle pour relier le quartier de Baixa avec le district de Bairro Alto situé plus haut. L'ascenseur d’aspect gothique est l'une des attractions les plus populaires du centre de Lisbonne.
Pendant des siècles, les nombreuses collines abruptes ont posé des défis importants aux citoyens de Lisbonne. Plusieurs solutions ont été conçues pour aider les gens à surmonter les pentes raides. Dans un premier temps, des funiculaires tirés par des animaux furent utilisés. Au cours de l'ère industrielle plusieurs funiculaires à vapeur - comme l'Elevador da Gloria - furent créés et sont encore en usage à ce jour en version électrifiée. L’un des funiculaires a été remplacé par un grand ascenseur, l'ascenseur de Santa Justa, désormais le plus célèbre de tous les ascenseurs de Lisbonne. L'ascenseur magnifiquement décoré a été construit par l'ingénieur portugais Raoul Mesnier du Ponsard, un élève de Gustave Eiffel. Il a conçu une structure de fer néo-gothique qui surplombe la région. Achevé en 1901, il offrait un moyen facile d'atteindre le Bairro Alto (District supérieur) depuis le district de Baix situé trente-deux mètres plus bas. A l'origine l'ascenseur était propulsé par un moteur à vapeur qui fut remplacé par un moteur électrique en 1906. La tour emblématique de quarante-cinq mètres de haut est située près de la Rua do Carmo, près de la place Rossio. La tour est étonnamment élégante grâce aux belles fenêtres gothiques voûtées avec des entrelacs géométriques en fer. A l’intérieur de la tour il y a deux cages qui se contrebalancent. Chaque cage lambrissée peut contenir un maximum de vingt-cinq personnes. Au sommet une passerelle couverte et une rampe relient l'ascenseur Santa Justa avec Largo do Carmo (Place des Carmes), en passant devant les ruines de l'église des Carmes en chemin. Du haut de l'ascenseur, on a une belle vue, mais un peu bouchée, de l'environ. Pour une meilleure vue sur le quartier de Baixa, il faut monter l'escalier étroit. Cela nous amène au toit de la tour d’où nous avons une vue panoramique, même si aujourd'hui la météo n'est pas au rendez-vous...
Nous descendons ensuite avec l'ascenceur et traversons le quartier de la Baixa en direction de la Praça do Comércio (Place du Commerce), pièce maîtresse de la reconstruction après le tremblement de terre de 1755 qui a réduit la ville en ruines. Son principal attrait est une statue équestre monumentale du roi Joseph I. Au cours des derniers siècles de nombreuses processions, fêtes, concerts et même des exécutions ont eu lieu ici.
La place a également été le théâtre d'événements historiques tels que le double assassinat en Février 1908, lorsque le roi Charles et Louis Philippe - l'héritier de trône - furent assassinés à cet endroit. En 1974, des milliers de personnes se sont rassemblées sur la place pendant la révolution qui a renversé le régime dictatorial. La place est connue sous le nom Terreiro do Paço (Place du Palais), à cause du palais Ribeira du seizième siècle qui se trouvait à cet endroit jusqu'à ce qu'il a soit détruit par le tremblement de terre dévastateur de 1755. Le palais était l'un des bâtiments les plus impressionnants du Portugal, décoré avec de nombreuses œuvres d'art et abritant une grande bibliothèque contenant plus de 70.000 livres. Peu après le tremblement de terre le marquis de Pombal, premier ministre du roi Joseph Ier, organisa la reconstruction de la ville. Le labyrinthe historique de rues près du palais fut complètement rasé et un nouveau plan urbain plus structuré fut créé. Dans le cadre de la reconstruction, Pombal prévit également la création d'une nouvelle grande place, destinée à rivaliser avec les plus grandes places d'Europe. Eugénio dos Santos et son assistant Carlos Mardel furent responsables de la conception de la nouvelle place, qui fut nommée Praça do Comércio. D'un côté elle ouvre sur le Tage, tandis que les autres côtés sont bordés par des bâtiments gouvernementaux avec de belles arcades donnant sur la place. La pièce maîtresse de la Praça do Comércio est la statue équestre de Joseph I, créée par le sculpteur Joaquim Machado de Castro, l'un des sculpteurs les plus célèbres du Portugal. La statue de bronze, inaugurée en 1775, montre le roi sur un cheval piétinant des serpents. La statue se trouve sur un piédestal orné de grands groupes de sculptures et donne sur la place majestueuse. Un autre monument impressionnant est l'Arco da Rua Augusta, un arc de triomphe qui mène à la Rua Augusta, une magnifique rue piétonne pavée. L'arc a été initialement conçu par Santos de Carvalho pour célébrer la reconstruction rapide de la ville après le tremblement de terre de 1755. La construction du monument triomphal a commencé en 1759, mais le travail a été interrompu peu après. Le projet a été repris en 1843 quand un nouveau projet de l'architecte Veríssimo José da Costa a été choisi. Enfin terminé en 1873, l'arc monumental montre la figure allégorique de la Gloire couronnant le Génie et la Bravoure. Au-dessous d’eux se trouvent des personnages historiques importants et des représentations allégoriques du Tage et du Douro. La Praça do Comércio est entièrement piétonne même si elle est limitée au nord et au sud par les routes à forte circulation. Nous traversons la rue juste au sud de la place pour atteindre le Cais das Colunas (Quai des Colonnes), une belle jetée avec un large escalier de marbre qui fut pendant des siècles l'entrée principale de la ville. Les dignitaires arrivaient ici par bateau et allaient directement à pied au palais voisin. Il est nommé ainsi à cause des deux hautes colonnes en face de l'embarcadère. En 1997, le quai a été démantelé en raison de la construction d'une ligne de métro souterrain mais il a été restauré à son apparence d'origine en 2008. Le Cais das Colunas est souvent bondé de touristes profitant de la vue grande ouverte sur le Tage.
Sur la place, le Lisboa Story Centre est un musée retraçant l'histoire de Lisbonne. Nous entrons nous y abriter... La visite est très intéressante, d'autant que les installations sont modernes et innovantes. Une très belle visite !
En ressortant, nous montons au sommet de l'arc de la rue Augusta mais la pluie fine et persistante ne nous incite pas à rester profiter de la vue. Nous filons vers la Praça do Municipio. Elle est dominée par l’ancien arsenal de la marine et par le Paços do Concelho (hôtel de ville), édifice néoclassique d’où fut proclamée la république en 1910. Une colonne coiffée d’une sphère armillaire symbolise le pouvoir municipal face à la mairie, édifiée au XIXe siècle.
Nous continuons jusqu'au marché da Ribeira. Pas d'étals en ce lundi matin, en revanche, toute une partie de ces halles couvertes ont été aménagées en restaurant. Au centre, une immense salle est remplie de tables où beaucoup de touristes et lisboètes dégustent les plats commandés dans les échoppes tout autour.
Nous rentrons ensuite nous sécher un peu à l'appartement. En chemin, nous nous arrêtons à l'église de la Vieille Conception. Nous admirons son portail manuélin qui, seul, échappa au tremblement de terre. Le pilier central de ce portail supporte une curieuse statue de saint Michel. Il tient une épée dans une main et une balance dans l’autre. Le plus étrange réside dans sa tenue. Il porte un vêtement de femme, autrement dit, il s’expose comme un travesti. En outre, il porte une calotte sur la tête. Ces détails ont été interprétés par les historiens. Ils signifient qu’une église a été bâtie à l’emplacement d’une synagogue. Le catholicisme a donc remplacé le judaïsme. Cette statue de saint travesti signifierait « le travestissement » de la religion juive en religion chrétienne.
Plus loin, nous passons devant la Casa dos Bicos. Ce vieux palais, la maison des Pointes, date du XVIe siècle et présente une curieuse façade couleur crème, faite de 1125 pierres taillées en « pointes de diamant » qui rappelle les maisons vénitiennes. Longtemps, ce fut la demeure d’Alfonso de Albuquerque, gouverneur des Indes, et de ses descendants. Une des dernières demeures témoignant de l’ancienne prospérité du quartier au XVIe siècle, quand les familles nobles y résidaient encore.
Un peu plus haut, nous nous attardons dans la cathédrale Sé. C'est l'un des plus vieux bâtiments de la ville, construite à l'origine au XIIe siècle, peu après la reconquête de la ville. L'église, avec ses solides tours romanes, est l'un des monuments les plus emblématiques de Lisbonne.
La construction de la Sé a commencé vers 1150, trois ans seulement après que la ville ait été reprise aux Maures au cours de la deuxième croisade. Peu de temps après la victoire, l'Anglais Gilbert Hastings fut nommé évêque de la ville de Lisbonne. Avec le soutien du roi Afonso Henriques, il se lança dans la purification de la ville et dans la construction d’une église catholique sur le site d'une mosquée. Malgré de nombreuses modifications au cours des siècles, l'église a conservé son caractère d'origine romane. Son aspect actuel découle surtout de travaux de restauration achevés au début du XXe siècle, lorsque des décorations baroques du XVIIIe siècle furent ôtées et la rosace reconstruite. Comme la plupart des églises de Lisbonne, la Sé subit d'importants dégâts lors du tremblement de terre désastreux de 1755, quand la tour sud s’est effondrée et une grande partie de l'intérieur a été détruit. L'intérieur, aménagé en croix latine, est plutôt austère. Une nef romane centrale recouverte d'une voûte en berceau est flanquée de deux allées. Les chapelles le long des allées et le déambulatoire sont de style gothique. Il y a plusieurs tombes dans la cathédrale, la plus notable étant la tombe magnifiquement sculptée de Lopo Fernandes Pacheco et de son épouse dans la septième chapelle, la Capela de Santo Ildefonso. Le paisible cloître gothique construit à la fin du XIIIe siècle avec de belles galeries de voûtes croisées se trouve sur le côté est de la cathédrale. Du côté sud de la cathédrale il y a le trésor qui contient une collection de reliques, d'argenterie, des statues et des manuscrits. Beaucoup des trésors originaux de la cathédrale ont été perdus dans le tremblement de terre de 1755. Un coffret d'argent dans la sacristie est censé contenir les restes de saint Vincent de Saragosse, le saint patron de Lisbonne. Selon la légende, des corbeaux ont protégé le corps du saint des animaux sauvages après sa mort au début du IVe siècle. Ils auraient même monté la garde sur le bateau qui a transporté son corps en 1173 du Cap Saint-Vincent à Lisbonne et fait un nid dans l’une des tours en arrivant. Les corbeaux devinrent un symbole de la ville de Lisbonne et les descendants de ces corbeaux vécurent près de la cathédrale jusqu'en 1978.
Après cette longue marche à travers la ville, nous nous reposons au chaud dans l'appartement. Après une petite sieste, nous ressortons, malgré la pluie, direction le Parc des Nations. Pour nous y rendre, nous prenons le métro jusqu'à la gare d'Oriente, construite entre 1993 et 1998 à proximité du site de l'Expo '98.
L'exposition universelle a eu lieu dans une ancienne zone industrielle le long du fleuve Tage, à environ cinq kilomètres du centre de Lisbonne. La zone, maintenant connue comme le Parque das Nações (Parc des Nations), a été transformée en un quartier branché avec beaucoup d'attractions architecturales. Pour connecter le nouveau quartier avec le reste de Lisbonne, l'idée a été lancée de convertir une ancienne station ferroviaire élevée en un centre des transports moderne avec une gare, un terminal de bus, un parking et une station de métro. Un concours a été organisé et un design moderne par le célèbre architecte et ingénieur espagnol Santiago Calatrava a été choisi. Calatrava a créé un terminus d'aspect futuriste en acier, béton et verre avec quatre niveaux différents. Le plus impressionnant est le niveau le plus élevé, où quatre quais de gare sont recouverts d'un toit en verre soutenu par des colonnes qui ressemblent à des arbres avec des branches multiples. La taille du toit est impressionnante, mesurant 238 par 78 mètres. Au rez-de-chaussée de larges entrées couvertes par d'énormes verrières permettent un accès facile à la station de chemin de fer. Des halles spacieuses et beaucoup d'entrées permettent une navigation fluide à travers la grande structure. On peut la traverser de part en part, et elle est loin des lignes de chemin de fer d'origine qui ont été placées sur un talus qui coupait le quartier en deux. Les grands arcs en béton – qui sont censés ressembler au squelette d'une grosse baleine - soutiennent les étages supérieurs. Les étages inférieurs contiennent les guichets, les points de vente et une station de métro. Même après la fin de l'Exposition universelle de 1998, la station a continué à fonctionner comme un important centre de transport et aujourd'hui elle grouille constamment de monde. La gare d’Oriente est non seulement un succès en tant que plaque tournante du transport, elle est aussi devenue une structure emblématique et l'un des plus importants monuments architecturaux construits au XXe siècle à Lisbonne.
Le Parc des Nations reste le cœur du vaste projet de réhabilitation urbaine de cette zone de Cabo Ruivo, qui n’était qu’un ramassis de raffineries désaffectées, d’aires de stockage de matériel militaire rapporté des colonies, d’entrepôts abandonnés. Sur ces 300 ha et ces 5 km de rives, il faut bien voir dans cet espace reconstruit de toutes pièces une préfiguration de ce que devrait être la ville du futur, avec la volonté affirmée de se placer comme précurseur en matière d’urbanisme : espace vaste et ventilé, ouverture sur le fleuve retrouvée, priorité accordée aux piétons et aux transports propres (électriques notamment), importance réservée aux espaces verts et aux jardins, omniprésence de l’art dans le paysage. Il faut ajouter la proximité d’un nœud de communication qui associe transports ferroviaire et routier (le pont, les autoroutes), ainsi que l’objectif délibéré de partager l’occupation du parc entre logements, bureaux, centres commerciaux, espaces culturels et de loisirs. On peut prendre en compte enfin l’aspect écologique avec une alimentation du site entier en eau chaude et eau froide à partir d’une même centrale, plus économique, une collecte pneumatique des déchets domestiques, une concentration souterraine des réseaux électriques, des canalisations, des communications par fibre optique dans des galeries accessibles facilement… Prouesse architecturale assurément, ce nouveau quartier est donc aussi, et surtout, un essai de définition de ce à quoi devra ressembler la ville de demain avec sa technologie discrète et sa gestion parcimonieuse des ressources. A défaut d’une âme, l’animation ne manque pas dès que le soleil se fait généreux. Ce qui n'est manifestement pas le cas aujourd'hui...
Nous nous réfugions donc à l'intérieur de l’Oceanário de Lisbonne, un grand oceanarium où plus de 15 000 poissons et mammifères marins peuvent y être vus, y compris les requins toujours très populaires. Lorsque l’Oceanário ouvre en 1998 comme pièce maîtresse de l'Exposition universelle, c’était le deuxième plus grand oceanarium au monde.
Le Parc des Nations abrite un certain nombre de bâtiments à l’allure futuriste, et l'Oceanário est l'un des plus remarquables. Conçu par l'équipe américaine de Peter Chermayeff et Bobby C. Poole - architectes spécialisés dans la construction d'aquariums - le bâtiment ressemble à une version futuriste d'une plate-forme de forage pétrolier. Il est complètement entouré d'eau et peut être atteint à partir de la jetée par un pont couvert. L’objet le plus spectaculaire de l'Oceanário est l'aquarium central, le plus grand, de sept mètres de haut et qui contient quelques cinq millions de litres d'eau. Le réservoir héberge une grande variété de vie marine de toutes les régions du globe.
Cette variété est rendue possible grâce à des différences de pénétration de la lumière, de la température et d'autres facteurs qui permettent à des poissons de différents habitats à coexister dans le réservoir, qui porte bien son nom de «Global Ocean». Une centaine d'espèces vivent ici: entre autres des raies Manta géantes impressionnants, requins zèbres, des murènes et des poissons papillons colorés.
Quatre plus petits réservoirs dans chaque coin de l'Oceanário simulent les habitats de l'Atlantique, du Pacifique, de l’Océan Indien et de l'Antarctique. Outre de nombreuses espèces de poissons, il y a aussi certains mammifères comme les loutres de mer toujours très actives et beaucoup d'oiseaux, dont les macareux, les pinsons et les pingouins toujours très amusants. Les habitats naturels ont été minutieusement recréés; il y a même des palmiers et des arbres à café dans l'habitat tropical.
En ressortant de l'Oceanarium, nous passons devant le Pavillon Atlantique, gigantesque coquillage retourné face au Tage. Le pavillon Atlantique est devenu la salle de spectacles multi-usages de Lisbonne et accueille concerts, événements sportifs et autres manifestations d’envergure.
Plus loin, du plus bel effet architectural avec sa dalle en béton incurvée (65 m de long sur 50 m de large), le pavillon du Portugal est désormais le siège du Conseil des ministres. C’est Alvaro de Siza Vieira qui en est le concepteur.
Nous bravons la pluie jusqu'à la tour Vasco da Gama, construite à l'origine en 1998 comme une tour de guet pour l'Exposition universelle. La tour a ensuite été agrandie avec un grand immeuble d’hôtel. Elle a été conçue par les architectes Leonor Janeiro, Nicholas Jacobs et le cabinet d'architectes Skidmore, Owings et Merrill. La tour a été nommée d'après le célèbre explorateur portugais Vasco de Gama, qui, exactement cinq cents ans plus tôt, fut le premier à trouver une voie maritime directe vers l'Inde. L'exposition a eu lieu pour célébrer cet événement. La tour a été construite avec un noyau central en béton et une armature en acier en forme d'immense voile. La forme est une référence aux caravelles que les explorateurs portugais utilisaient pour leurs voyages pendant l'Age d'or des découvertes du Portugal au XVe et au début du XVIe siècles.
Le noyau central représente le mât du navire et la tourelle près du sommet - qui abrite une terrasse d'observation et un restaurant panoramique - est destinée à évoquer l'image d'une vigie. A la base de la tour se trouvait une structure de quatre étages représentant la proue du navire. Ce bâtiment a été utilisé comme le pavillon de l'Union européenne. La flèche au-dessus de la terrasse d'observation comprise, la tour culmine à une hauteur de 145 mètres, ce qui en fait la plus haute structure à Lisbonne; seuls les pylônes du pont Vasco da Gama et le Pont du 25 Avril sont plus grands. L'observatoire et le restaurant ont fermé en 2001 et en 2007, la base de la tour a été démolie pour faire place à un hôtel de luxe de 21 étages conçu par l'architecte portugais Nuno Leónidas. La construction du nouveau bâtiment a commencé la même année et l'hôtel a ouvert au début de 2013. La plate-forme d'observation est aujourd'hui à nouveau accessible au public.
Derrière la tour, nous apercevons le pont Vasco da Gama, un pont à haubans moderne qui enjambe l'estuaire du Tage. Le pont de 17km de long a été inauguré en 1998 et relie les quartiers est de Lisbonne avec les routes principales de l’autre côté du fleuve. L'estuaire du Tage sépare le centre historique de Lisbonne de ses banlieues méridionales. À son point le plus large, l'estuaire mesure plus de dix kilomètres de long, et pendant des siècles le Tage était un obstacle redoutable pour ceux qui voulaient atteindre la rive gauche de la rivière. Finalement, en 1966, un long pont de 1013 mètres a été construit pour enjamber la section la plus étroite de l'estuaire, reliant Lisbonne à la banlieue de Almada par dessus du fleuve. Cependant, dès le début des années 1990, il est devenu évident que le pont, connu sous le nom de Ponte 25 de Abril, ne pouvait pas absorber l'explosion du trafic automobile à Lisbonne. Le pont était devenu un goulot d'étranglement de la circulation et un nouveau pont était nécessaire. Étonnamment, les planificateurs n’ont pas choisi l'option facile qui aurait été de simplement construire un autre pont sur la section étroite du fleuve Tage. Au lieu de cela ils ont opté pour une voie à travers la partie est de Lisbonne, près du futur site de l'exposition universelle de 1998, où le fleuve Tage est le plus large. La décision a été largement contestée, car elle ne soulagerait que peu la congestion de la circulation pour les nombreux habitants de la banlieue sud. Les protestations se sont intensifiées lorsque le gouvernement a augmenté les péages sur le pont existant pour payer pour le nouveau. Malgré les protestations, le gouvernement a décidé de construire le pont comme prévu et la construction a commencé en 1995. Ce projet de grande envergure, mené par un consortium international, a été achevé dix-huit mois plus tard. Le pont a été inauguré en Mars 1998, juste à temps pour l'ouverture de l'Exposition universelle de 1998, qui célébrait l'anniversaire des cinq cents ans de la découverte par Vasco da Gama d'une route commerciale directe vers l’Inde.
Le pont Vasco da Gama a été conçu par Armando Rito Engineering, une société spécialisée dans la conception de ponts et de viaducs de grande envergure. Ils ont créé un pont à haubans à six voies qui mesure 30 mètres de large et 17 185 mètres de long dont 11 km sur l'eau. Le pont passe juste au nord du parc des Nations et s’étend sur le fleuve Tage dans sa partie la plus large connue sous le nom de Mar de Palha (mer de paille). La travée principale du pont, à 45 mètres au dessus du niveau de la mer, mesure 420 mètres de long. Le pont est suspendu par des câbles à des pylônes de 150 mètres de haut. Les architectes ont dû tenir compte de mille détails, de la courbure de la Terre à la profondeur des fondations – qui s’enfoncent à 85 m sous la terre afin de pouvoir résister à un séisme majeur et à des vents de 250 km/h.
Nous revenons ensuite sur nos pas jusqu'au centre commercial Vasco da Gama, à l'intérieur duquel nous dînons. Puis, nous regagnons l'appartement où nous devons boucler les valises. Demain, le réveil sonnera à 6h, direction l'aéroport... Et oui, notre escapade lisboète est déjà finie ! Même si tout ne s'est pas déroulé comme prévu, nous en avons, comme d'habitude, pris plein les yeux. Et pour ce que nous n'avons pas eu le temps de voir, cela sera l'occasion d'un nouveau voyage à Lisbonne...