Tout d'abord, nous profitons du blog pour souhaiter une bonne fête à nos deux Claude...
Ce matin, nous prenons le temps. Après une grasse matinée bien méritée, nous retournons à la cathédrale afin d'en visiter l'intérieur. Trois nefs élancées et ouvertes les unes sur les autres, soutenues par 14 piliers octogonaux, donnent à l'ensemble une sensation d'espace et de légèreté. Pas moins de 5 rosaces (dont la plus grande rosace gothique au monde) et 61 vitraux, certains percés tardivement pour alléger le poids de l'édifice, inondent le lieu d'une lumière féerique, tout particulièrement le matin. Sur les côtés, 16 chapelles alternent oeuvres gothiques, baroques et néogothiques dont l'ancien et superbe maître-autel gothique doré (début XVième siècle), déplacé dans la nef sud. Le choeur, sanctuaire de la statue de Notre-Dame de La Seu, a été entièrement remodelé entre 1904 et 1914 par le célèbre architecte catalan Antoni Gaudi. Supprimant les lourdes stalles, il introduisit notamment la balustrade très moderniste, les tribunes à deux niveaux et le grand baldaquin couronné d'une tapisserie flamande. Cette oeuvre, controversée et curieuse, n'est en fait qu'une ébauche, les travaux ayant été interrompus par la mort de l'évêque... Plus récemment, Miquel Barcelo, plasticien renommé natif de l'île, s'est vu confier la refonte de la capella del Santissim Sacrament, juste à droite du choeur. L'artiste y a interprété des scènes d'eucharistie, comme la multiplication des pains et des poissons, dans une unique pièce en céramique contemporaine travaillée pour "coller" au format de la chapelle.
En sortant, nous nous rendons au Mercat municipal de l'Olivar. Cet agréable marché couvert déroule des étalages débordant de viandes, jambons et charcuterie, fromages, fruits et légumes, vins, glaces, bonbons et autres fruits secs, sans oublier les poissons et fruits de mer dans un espace à part. L'endroit est idéal pour faire connaissance avec les produits de l'île et se composer un pique-nique. Nous prenons ensuite la voiture pour nous rendre au port d'Es Canonge. La descente est déconseillée aux conducteurs émotifs : les virages en épingle à cheveux s'enchaînent à ce point sans répit qu'il faut près d'un quart d'heure pour parcourir les 4,5 km jusqu'à ce hameau niché au pied des falaises ! Là, un promontoire planté de pins offre une vue admirable sur les roches rouges de la côte et la petite plage de galets de la crique, bordée de quelques cabanons de pêcheurs. Un site parfait pour pique-niquer (petite pensée émue pour l'accent chantant de Danielle...).
Nous continuons ensuite notre route à travers la Serra de Tramuntana. Inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 2011, cette chaîne de montagnes calcaires aux falaises et versants escarpés souligne toute la côte ouest de Majorque sur 90 km. Couverte aux deux tiers par la forêt, elle culmine au Puig Major, à 1455m, et abrite pas moins de 65 espèces de plantes endémiques et 70 d'oiseaux dont les faucons d'Eleonore et pèlerins. Entre mer et montagne, on est séduit par les paysages naturels préservés cohabitant, depuis le Moyen Age, avec les terrasses agricoles en pierres sèches où se déploient oliveraies, vignes, vergers, potagers, pâturages... La Serra est aussi ponctuée de villages, églises, sanctuaires et tours, et sillonnée par de charmantes petites routes et sentiers de randonnée.
Nous faisons une petite halte pour découvrir le petit village de Valldemossa. En 1835, une ordonnance royale dissout les congrégations, abolit les monastères et expulse les moines : Valldemossa voit sa chartreuse désertée et revendue en pièces détachées. Trois ans plus tard, durant l'hiver 1838-1839, deux tourtereaux s'y installent pour 4 mois : une certaine George Sand et son amoureux, transi et tuberculeux, Frédéric Chopin. Le mythe est né. Aujourd'hui, les gens du cru portent aux nues ces deux artistes, qui sont à l'origine d'un chiffre d'affaires colossal... Pourtant, il suffit de lire quelques pages d'Un hiver à Majorque pour constater que les amours et les cigares de notre célèbre Berrichonne furent bien mal appréciés des villageois de l'époque. Et, en retour, certains textes de Sand sont remplis de mépris pour les Majorquins, qui lui ont aujourd'hui visiblement pardonné !
Un peu plus loin, notre guide touristique nous signale un joli point de vue à l'entrée du domaine de Son Marroig sur le rocher percé de Sa Foradada. Ce promontoire rocheux présente un impressionnant trou de 18 m de diamètre.
Nous prenons ensuite la direction de Sa Calobra. La route qui y descend, l'une des plus belles et des plus échevelées de l'île, mène à une crique sublime, nappée de pins, aux eaux vert et bleu. Longue de 12 km, et tout en lacet, la route décrit même une boucle complète ! De la crique de Sa Calobra, une promenade à pied, entrecoupée de deux tunnels étroits, nous conduit en 5 minutes au torrent de Pareis. Le site est saisissant ! A son embouchure, le torrent de Pareis a longtemps formé un lac séparé de la mer par une barrière rocheuse, jusqu'à ce que l'érosion y creuse une brèche. Aujourd'hui, la grande cuvette terminale du torrent, colonisée par les sédiments, communique avec la mer encadrée de hautes falaises, donnant au site son incomparable grandeur.
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons dans le village de Soller. Devant l'heure tardive, nous décidons de revenir tôt demain matin pour profiter du charme de ce joli village.