En ce jeudi matin, nous faisons un dernier tour de l'appartement à la recherche d'un éventuel oubli de chaussettes avant d'en claquer définitivement la porte. En effet, nous repartons ce soir... déjà ! Mais notre avion décollant à 20 h, nous avons bien l'intention de profiter de la journée au maximum. Sans tarder, nous retournons donc dans le petite village de la veille. A 26 km de Palma, Soller est une petite cité pleine de charme, située au beau milieu d'un cirque de montagnes absolument superbe. Il faut attendre 1912 et l'inauguration du chemin de fer Palma-Soller pour que la bourgade sorte enfin de son isolement. Ouverte sur la mer par son port (à seulement 3 km), Soller vécut longtemps de ses expéditions d'oranges vers la France et la Belgique, avant qu'elle ne juge l'or du tourisme plus juteux... Il en est resté de vastes plantations d'agrumes cernant le noyau urbain. Ajoutez la nostalgie du vieux train en bois qui assure toujours la liaison avec Palma, le tramway, lui aussi en bois, qui vous achemine au port, et quelques monuments modernistes et voilà que Soller prend le chemin d'un joli petit voyage dans le temps. L'endroit est idéal pour s'attabler en terrasse et prendre un petit déjeuner composé notamment d'un jus d'oranges locales en regardant passer le tramway...
Nous faisons cap ensuite vers la Péninsule de Formentor, tout au nord de l'île, et son Cap du même nom. Sur le chemin, des points de vue époustouflants s'offrent à nous. Ciel, mer et montagnes rivalisent d'imagination pour s'octroyer le titre du meilleur fond d'écran. On en prend plein les mirettes !
Marquant le point le plus septentrional de Majorque, la Péninsule de Formentor est une longue presqu'île très accidentée qui présente quelques-uns des plus beaux points de vue naturels de l'archipel et cache quelques criques pour amateurs de randonnée. La route, étroite, déploie force épingles à cheveux jusqu'à trouver, près de son extrémité, dans un improbable méli-mélo de falaises et de roches, le phare du Cap de Formentor, dressé face à l'azur. Construit dans l'urgence en 1863, suite à un énième naufrage, le phare a exigé un travail constant et acharné. L'évêque a même accepté d'octroyer une dispense de messe aux ouvriers, pour peu qu'une bénédiction la remplace sur le chantier ! Pour nous, point de messe ou de bénédiction, mais pique-nique face à un magnifique panorama...
Il faut ensuite parcourir la vingtaine de kilomètres de cette route pittoresque en sens inverse pour quitter la Péninsule. Mais nous ne manquons pas de faire plusieurs haltes pour immortaliser ces splendides paysages, à commencer par la Cala Figuera. La route surplombe cette calanque pierreuses aux eaux limpides entourées de hautes falaises.
Un peu plus loin, nous nous arrêtons faire quelques pas sur la Platja de Formentor. Cette jolie plage de sable aux eaux émeraude translucides est cernée d'une belle pinède. Tout le secteur appartient à un immense hôtel 5 étoiles, fermé en cette période de basse saison. Ouvert en 1930, celui-ci a vu défiler nombre de personnalités comme Charlie Chaplin, Agatha Christie, Grâce Kelly ou Winston Churchill... Nous pensions prendre un petit café dans le bar-resto qui le jouxte et donne directement sur la plage, hélas, lui aussi est fermé.
Nous reprenons la voiture et nous arrêtons au Mirador es Colomer. Du col, marqué par un monument en forme de mégalithe à la gloire de l'ingénieur qui a tracé la route, un court chemin entrecoupé de marches conduit au belvédère. Vue plongeante vertigineuse sur la pointe de la Nau et, un peu plus au nord, l'île Colomer.
Juste en face du parking du Mirador es Colomer, nous empruntons une route goudronnée tortueuse et étroite, montant en épingles à cheveux jusqu'à Atalaia d'Albercutx : une tour de guet. De là, vue à 360° époustouflante sur la région. A l'ouest, les lignes de crêtes s'étagent les unes derrières les autres, comme un gigantesque découpage.
Nous quittons ensuite la Péninsule et faisons une dernière halte, à Alcudia. Voilà une petite ville chargée d'histoire, bien mignonne avec ses murailles de pierre dorée, ses portes médiévales et ses ruelles où il fait bon flâner. Fondée vers 70 av J-C par les Romains, Alculdia s'appelle alors "Pol-lentia". Renforcée sous Auguste, elle s'enrichit grâce au commerce maritime et s'étend bientôt sur 16 ha. Saccagée au Vième siècle par les Vandales, Pol-lentia est abandonnée à l'époque arabe et le site se couvre d'une forêt. De cette époque, seul subsiste le nom de la ville : Alcudia, de l'arabe "al qudya", signifiant "la colline". La cité, intégrée au domaine royal, renaît finalement au XIIIième siècle derrière ses murailles, à son emplacement actuel.
Voilà, les heures défilent et il est temps de se diriger vers l'aéroport... Ces quelques jours nous ont offert une très jolie découverte de l'archipel des Baléares. Et vu le peu de distance qui nous en sépare, nous nous sommes promis d'y revenir. Nous n'avons fait que survoler Majorque mais Ibiza et Minorque n'ont sûrement rien à lui envier ! De beaux voyages en perspective...
A l'heure où j'écris ces mots, cela fait exactement deux mois que Laurent m'offrait le plus beau des cadeaux de Noël. Ce séjour est ma réponse et marque une nouvelle étape d'un autre très beau voyage : celui de notre amour !